Le Cholestérol HDL ou HDL-C, ou "bon cholestérol" est depuis longtemps connu pour être un facteur de risque cardio-vasculaire lorsque son taux est abaissé. En effet il exerce des effets anti-inflammatoires, antioxydants et de protection endothéliale ; une concentration insuffisante pourrait ainsi contribuer au développement de ces anomalies. Dans une étude coréenne récente, des chercheurs se sont demandés si ces effets pouvant être transposés à d'autres tissu, et en particulier au niveau de l'appareil respiratoire. Des anomalies interstitielles pulmonaires asymptomatiques peuvent être détectées sur un scanner thoracique et sont considérées comme une manifestation préclinique de maladie interstitielle pulmonaire.  Pour préciser cette association, ils présentent une étude de cohorte rétrospective menée dans le cadre du programme coréen de dépistage du cancer du poumon.
Les auteurs ont inclus les données issues des vagues de dépistage effectuées en 2019, 2020 et 2021 chez des fumeurs âgés de 54 à 74 ans dont l'exposition tabagique était d'au moins 30 paquets-années. Deux dosages de cholestérol HDL ont été enregistrés pour chaque participant : le premier à distance du scanner de dépistage (T0), le second au plus près de l'inclusion (T1) c’est-à-dire de la réalisation de l’imagerie. Les seuils de normalité retenus étaient de 0.4 g/L chez l'homme et 0.5 g/L chez la femme. Une étude statistique a permis d’estimer les odds ratios de survenue des anomalies interstitielles, ajustés sur les caractéristiques démographiques, l'indice de masse corporelle, les comorbidités, le reste du bilan lipidique et l'utilisation éventuelle de statine.
L'étude a inclus 159 729 participants, trés majoritairement des hommes (98,2 %), avec un âge moyen de 61,7 ans. À l'inclusion, un faible taux de cholestérol HDL était observé chez 19,5 % d’entre eux. Des anomalies interstitielles pulmonaires ont été détectées chez 2,9 % de l'ensemble de la cohorte, avec une prévalence plus élevée chez les sujets avec un faible taux de HDL par rapport à ceux ayant un taux normal (3,5 % versus 2,7 %). Un taux bas de cholestérol HDL à l'inclusion était associé à un risque accru de 28 % d'anomalies interstitielles (odds ratio : 1,28). Les participants ayant un faible taux de HDL présentaient par ailleurs plus fréquemment une obésité (6,1 % vs 3,5 %) et un recours aux statines plus élevé (40,0 % vs 34,4 %).
L'évolution des taux de cholestérol HDL entre les deux prélèvements, espacés en moyenne de 3,2 ans, a permis de répartir la cohorte en quatre groupes : normal stable (70,6 %), bas-à-normal (9,9 %), normal-à-bas (9,2 %) et bas stable (10,3 %). La prévalence des anomalies interstitielles augmentait progressivement : 2,6 % dans le groupe normal stable, 3,1 % dans le groupe bas-à-normal, 3,5 % dans le groupe normal-à-bas et 3,6 % dans le groupe bas stable. Par rapport au groupe normal stable, la probabilité d'anomalies interstitielles était significativement plus élevée dans les trois autres groupes, après ajustement pour les facteurs de confusion potentiels. Ces résultats suggèrent que c'est moins le niveau ponctuel de HDL que sa persistance à un niveau bas qui détermine le risque.
Les auteurs postulent qu'en concentration insuffisante, le cholestérol HDL ne limiterait pas le remodelage tissulaire conduisant aux anomalies interstitielles, faute d'effets anti-inflammatoires suffisants. Ils concluent qu'un faible taux de cholestérol HDL est associé à une augmentation d'environ 30 % du risque d'anomalies interstitielles pulmonaires, d'autant plus marquée si ce taux demeure durablement bas. Biomarqueur de recherche aisée, il pourrait constituer une approche simple de la vulnérabilité interstitielle pulmonaire.Rappelons néanmoins es principales limites qui tiennent aux caractéristiques de la cohorte (population asiatique, à très forte prédominance masculine et fortement exposée au tabac), et au caractère rétrospectif de l'étude, qui ne permet pas de conclure à un lien de causalité.


Ref : JIM 12/05:2026